Une femme exprime son épuisement à son partenaire, qui passe d’une réponse défensive à une écoute qui reconnaît son vécu émotionnel.

Entendre, écouter, comprendre : pourquoi ce n’est pas la même chose en couple

16 juillet 2026

Voici déjà le troisième article que je consacre au thème de l’écoute dans le couple. Pourquoi ai-je envie de vous en parler sous autant d’angles? Tout part de deux phrases entendues maintes fois, autant dans ma propre vie que dans mon travail auprès des couples : « Écoute-moi donc! » « Mais je t’écoute! »

Combien de fois cet échange a-t-il eu lieu au cœur d’une dispute, avec une sincérité totale de part et d’autre, sans pourtant régler quoi que ce soit? La personne qui répond est souvent convaincue d’avoir écouté. L’autre est tout aussi convaincue de ne pas avoir été entendue. Les deux peuvent-elles avoir raison? Encore une fois, la réponse est oui!

Ce n’est pas nécessairement un problème d’honnêteté. C’est parfois un problème de vocabulaire. Nous utilisons les mots entendre, écouter, comprendre et communiquer comme s’ils désignaient la même chose. Pourtant, chacun représente une expérience différente. Confondre ces expériences peut créer un malentendu avant même que le couple commence à discuter du véritable sujet de la dispute.

Une scène que plusieurs couples connaissent

Elle parle. Il hoche la tête, garde les yeux sur elle et demeure silencieux. Il entend chaque mot. Il porte même attention à ce qu’elle lui dit. Pourtant, à la fin, elle soupire : « J’ai l’impression que tu ne m’écoutes jamais. » Il pourrait lui répondre, frustré : « Mais je pourrais répéter mot pour mot tout ce que tu viens de dire! » Et il aurait peut-être raison. Le problème, c’est qu’elle exprime son besoin sous la forme d’un reproche et que, de son côté, il répond à la formulation plutôt qu’au besoin qui se cache derrière. Elle ne parle pas seulement de ce qu’il a entendu ou retenu. Elle parle aussi de ce qu’elle a ressenti pendant qu’elle s’exprimait : elle ne s’est pas sentie rejointe dans ce qu’elle vivait.. C’est ici que les mots prennent toute leur importance.

Entendre, écouter et se sentir compris

Entendre

Entendre désigne d’abord la perception des sons. Le son atteint notre oreille et notre cerveau le traite, parfois sans que nous ayons choisi d’y porter attention. Nous pouvons entendre la télévision du voisin, une conversation à la table voisine ou une personne qui nous parle pendant que notre esprit est complètement ailleurs. Aucune intention particulière n’est nécessaire.

Écouter

Écouter ajoute une intention : nous dirigeons notre attention vers ce qui est dit. Cependant, le mot écouter peut cacher deux attitudes très différentes.

Écouter pour répondre, c’est porter attention tout en préparant sa réplique, son explication ou son argument.

Écouter pour comprendre, c’est essayer de recevoir ce que l’autre exprime avant de le filtrer à travers notre propre besoin de réagir ou de nous défendre.

Plusieurs personnes pensent que le principal fossé se trouve entre entendre et écouter. Pourtant, dans le couple, le fossé se situe souvent un peu plus loin : entre écouter une personne et lui faire sentir que ce qu’elle vit a été compris.

Se sentir compris

Se sentir compris est une expérience relationnelle et émotionnelle. Ce n’est pas seulement constater que l’autre a saisi nos explications. Ton ou ta partenaire peut comprendre la logique de ton point de vue, les événements que tu racontes et même les raisons de ta réaction sans que tu te sentes réellement compris·e. Ce qui manque alors n’est pas nécessairement de l’information, c’est plutôt le sentiment que ton vécu émotionnel a été reçu et reconnu. Dans la scène précédente, il a peut-être entendu les mots, écouté le récit et compris intellectuellement la situation. Pourtant, rien dans sa réponse n’a montré qu’il avait reconnu ce qu’elle ressentait. Le fameux « Tu ne m’écoutes jamais » pourrait alors vouloir dire : « Je ne me sens pas compris·e dans ce que je vis. »

Comprendre et faire sentir compris : une distinction essentielle

Prenons un exemple concret. Elle dit : « Je suis épuisée. J’ai l’impression de tout porter à la maison. » Une réponse qui se concentre uniquement sur les faits pourrait être : « Ce n’est pas vrai. Je fais la vaisselle et je m’occupe des enfants le samedi. » Cette réponse peut contenir des faits exacts et être logiquement défendable. Pourtant, elle traite l’affirmation de l’autre comme une accusation à corriger. Une réponse qui accueille d’abord son vécu pourrait être : « Si je comprends bien, tu te sens seule à tout gérer ces temps-ci? » Cette réponse ne signifie pas que l’autre est automatiquement d’accord avec chaque détail. Elle montre simplement qu’il cherche d’abord à comprendre ce qui est vécu avant de présenter son propre point de vue.

La première réponse transforme l’énoncé en fait à débattre. La deuxième le considère d’abord comme une expérience à accueillir. Le contenu de départ est le même, mais l’effet sur la conversation peut être complètement différent.

Un homme dit avoir l’impression de ne jamais répondre aux attentes de sa partenaire, qui passe d’une réaction défensive à une écoute plus réceptive

Comprendre l’autre ne signifie pas être d’accord

Voici une distinction importante : comprendre l’autre ne signifie pas lui donner raison. Je peux comprendre pourquoi mon ou ma partenaire s’est senti·e blessé·e sans être d’accord avec son interprétation de la situation. Je peux reconnaître sa fatigue sans partager son impression de tout porter.

Comprendre consiste à entrer temporairement dans le monde de l’autre pour mieux saisir ce qu’il ou elle vit. Être d’accord consiste à partager son opinion ou sa lecture de la situation. Ce sont deux choses différentes.

Cette distinction est importante, parce que plusieurs personnes se défendent rapidement lorsqu’elles ont l’impression que reconnaître l’émotion de l’autre équivaut à admettre qu’elles ont tort. Pour reprendre l’image de la danse, les deux partenaires peuvent entendre la même musique sans la ressentir de la même façon. L’objectif n’est pas d’imposer un seul rythme, mais de devenir suffisamment attentifs l’un à l’autre pour réussir à danser ensemble.

Se comprendre mutuellement : une étape supplémentaire

Se comprendre mutuellement va plus loin qu’une seule personne qui écoute adéquatement. Il s’agit d’un aller-retour au cours duquel chacun peut exprimer son expérience, puis essayer de recevoir celle de l’autre. L’objectif n’est pas nécessairement d’arriver à une seule version de l’histoire. Il est plutôt de pouvoir dire : « Je comprends mieux ce que tu as vécu, même si je ne l’ai pas vécu de la même manière. » Deux partenaires peuvent donc rester en désaccord tout en comprenant plus clairement ce qui se passe pour chacun. Il faut aussi faire le deuil d’une compréhension parfaite à 100 %. Même avec beaucoup d’écoute, de curiosité et de bonne volonté, il est impossible d’entrer complètement dans l’expérience de l’autre. Nous interprétons toujours ce qui est dit à travers notre propre histoire, nos émotions, nos valeurs et notre manière de percevoir le monde. L’objectif n’est donc pas de comprendre parfaitement, mais de chercher à comprendre suffisamment pour que l’autre se sente moins seul·e dans ce qu’il ou elle vit. Parfois, dire : « Je ne suis pas certain·e de comprendre exactement ce que tu ressens, mais j’ai envie d’essayer » peut être plus aidant que de prétendre avoir tout compris.

Cette nuance est importante, parce qu’elle enlève une certaine pression. Écouter n’est pas une performance. Il ne s’agit pas de trouver les mots parfaits, mais de montrer une réelle volonté de se rapprocher de l’expérience de l’autre.

Parler n’est pas toujours communiquer

Communiquer comprend l’ensemble de l’échange : exprimer ce que l’on vit, mais aussi recevoir ce que l’autre cherche à nous transmettre. Un couple peut beaucoup se parler sans véritablement communiquer. Cela se produit notamment lorsqu’une personne parle et que l’autre attend simplement que la conversation se termine. Cela arrive aussi lorsque les deux préparent constamment leur défense sans réellement recevoir ce qui est exprimé.

Deux personnes peuvent ainsi répondre, argumenter et expliquer pendant plusieurs minutes sans qu’aucune ne se sente entendue. Parler beaucoup n’est donc pas nécessairement un signe de bonne communication. Certains couples plus silencieux communiquent parfois mieux que des couples qui parlent sans arrêt. Je le mentionne souvent en rencontre : l’objectif n’est pas toujours de se parler davantage, mais de mieux se parler et de mieux se comprendre.

Pourquoi ces distinctions changent-elles quelque chose?

La prochaine fois qu’un désaccord tourne autour de phrases comme : « Tu ne m’écoutes pas » ou « Tu ne me comprends pas », tu pourras essayer d’identifier plus précisément ce qui se passe.

Est-ce un défi d’attention? La personne n’était pas suffisamment disponible pour recevoir ce qui était dit.

Est-ce un défi d’intention? Elle écoutait surtout pour répondre ou se défendre.

Est-ce un défi de compréhension? Elle n’a pas saisi ce que l’autre cherchait réellement à exprimer.

Est-ce un manque de clarification? Certaines paroles sont demeurées trop vagues et personne n’a pris le temps de demander : « Qu’est-ce que tu veux dire exactement? »

Est-ce un manque de vérification? La personne a supposé avoir compris sans reformuler ce qu’elle avait entendu et laisser l’autre confirmer ou corriger sa compréhension.

Est-ce un manque de validation? Elle a compris la situation, mais le vécu émotionnel n’a pas été reconnu.

Est-ce un manque de réciprocité? Une seule des deux personnes fait l’effort d’écouter et de comprendre.

Ces difficultés ne se travaillent pas toutes de la même manière.

Pouvoir nommer plus précisément ce qui bloque constitue déjà un premier pas vers une communication plus satisfaisante.

Tu aimerais apprendre à écouter sans simplement attendre ton tour pour répondre? Je t’invite à lire l’article Quand un reproche cache un besoin dans lequel j’explique comment écouter au-delà des mots.

 

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